William JohnMcCOLLUM
Bill pour sa famille. Il grandit sur Grenadier Road, à Toronto, s’engagea dans l’aviation à dix-huit ans pour réparer des avions, et passa deux ans au sol avant de monter à bord de l’un d’eux. Il effectua neuf opérations comme mitrailleur arrière à l’été 1944. Lors de la neuvième, son Lancaster fut abattu au-dessus de la France, et il fut tué à vingt et un ans. Voici son histoire, et celle de la famille et du village français qui l’ont gardée.
- Naissance
- Toronto, 24 septembre 1922
- Engagement
- Galt (Ontario), 19 juillet 1941
- Service
- Mitrailleur arrière, 576e escadrille de la RAF
- Repose à
- Loches-sur-Ource
Grenadier Road
Bill était le fils de John McCollum, né en Irlande, et d’Elsie McCollum, née à Londres, et grandit sur Grenadier Road, à Toronto. Son père avait quitté Belfast en 1907 et avait servi dans les troupes canadiennes des chemins de fer pendant la Première Guerre mondiale.
Un frère aîné, Alexander, et une sœur, Mary, moururent jeunes : Bill grandit donc en aîné. Il avait deux frères, Robert (Bob), qui servit dans la marine sur un dragueur de mines canadien, et John (Jack), et cinq sœurs : Anne, Eileen, Doris, Joan et Margaret.
Il fréquenta l’école St Vincent de Paul, puis De La Salle Oaklands et le Parkdale Collegiate, et suivit en 1940 un an de formation industrielle à la Western Technical School. Il jouait au baseball ; la famille se souvient aussi du hockey et des rodéos à cheval. Il suivit l’école d’aviation de Galt, et son livret de solde donne comme métier civil cantonnier aux Chemins de fer nationaux du Canada.
L’aviation
Il s’engagea dans l’Aviation royale canadienne à Galt, en Ontario, le 19 juillet 1941, non comme navigant mais dans le personnel au sol, formé comme mécanicien cellule. Sa formation le mena à Toronto, Calgary, St Thomas et Brantford, et en décembre 1942 il embarqua à Halifax pour la Grande-Bretagne. Les premiers mois de 1943, il servit au sol à la 421e escadrille de l’ARC, une escadrille de Spitfire.
En mai 1943, il fut reclassé mitrailleur. Selon Michael McCollum, qui a lu son dossier complet à Ottawa en 1992, celui-ci le décrit comme « intelligent et instruit, calme, réfléchi, avec le sens des responsabilités » (traduit de l’anglais). Il avait le niveau pour devenir pilote, navigateur ou bombardier, mais choisit mitrailleur, le chemin le plus court vers un équipage ; le comité de sélection nota qu’il était « pressé de s’y mettre ».
Il se forma à Bridlington et Bridgnorth, et termina son cours de tir à Bishops Court, en Irlande du Nord, le 25 septembre 1943, avec son insigne de mitrailleur et ses galons de sergent. Puis vint la longue préparation : des Wellington à la 30 Operational Training Unit de Hixon, des Halifax à la 1656 Heavy Conversion Unit de Lindholme, des Lancaster à la 1 Lancaster Finishing School de Hemswell. En mai 1944, il rejoignit une escadrille opérationnelle, deux ans et dix mois après son engagement.
États de service
- Naissance à Toronto.
- S’engage à Galt, en Ontario. Aviateur de 2e classe, mécanicien cellule.
- Aviateur-chef (Leading Aircraftman).
- Départ pour la Grande-Bretagne.
- 421e escadrille de l’ARC, personnel au sol.
- Sergent, mitrailleur.
- 550e escadrille, North Killingholme. Mitrailleur arrière dans l’équipage du P/O Ken Newman. Trois opérations au-dessus de l’Allemagne.
- 576e escadrille, Elsham Wolds. Mitrailleur arrière dans l’équipage du P/O Raymond Linklater.
- Sergent-chef. Les papiers de l’escadrille n’ont jamais suivi : trois semaines plus tard, ils le donnent encore sergent.
- Tué lorsque le ND994 est abattu au retour de Revigny.
Bibliothèque et Archives Canada
Son dossier
Le dossier de service de Bill est conservé à Bibliothèque et Archives Canada. Ce sont surtout des formulaires : affectations, solde, vaccins. Mais entre les lignes, on aperçoit le jeune homme qui les remplissait.
La pièce la plus ancienne est une lettre de recommandation écrite quand il avait dix-sept ans par John E. Madden, de Toronto, qui le connaissait, ainsi que son père et son oncle. Quelqu’un a ensuite écrit « To RCAF » en haut de la page.
Il remplit lui-même son acte d’engagement le 16 juin 1941, à dix-huit ans. À la question du métier qu’il souhaitait exercer dans l’aviation, il écrivit « Air Frame Mechanic », mécanicien cellule. Sports : « baseball, modérément ». Loisirs, et qualifications utiles à la RCAF : « aucun ». Expérience de vol, seul, en double commande ou comme passager : « aucune ». Il n’était jamais monté dans un avion.
La visite médicale d’engagement le trouva haut de 1,68 m pour 58 kg, le teint clair, les yeux bleus, les cheveux blonds, et nota un poignet gauche cassé à quatorze ans. À Calgary, en septembre, la commission médicale le décrivit comme « sec et nerveux », « moyen dans la plupart des sports », et nota qu’il fumait quinze à vingt cigarettes par jour et buvait une pinte de bière par mois.
À la 12e école de mitrailleurs, il obtint 81,5 % dans les matières au sol. En vol, depuis la tourelle d’un Anson, il tira 2 000 cartouches sur la cible et la toucha avec 3,1 % d’entre elles. L’école lui donna 60 sur 100 pour le caractère et le commandement, et le jugea « pas du tout apte » à enseigner le tir. Il fut tout de même reçu, avec son insigne et ses galons de sergent. Il mesurait alors, selon l’école, 1,73 m.
À la 30 Operational Training Unit de Hixon, son bulletin nomme son chef de bord : le sergent Newman, dont l’équipage l’emmènerait au combat en mai 1944. Il obtint 80,9 % au sol. En vol, il effectua deux exercices de tir air-air ; à la ligne des coups au but, le bulletin indique « nil », zéro. Le commandant de l’unité le résuma en trois phrases.
Le 28 octobre 1943, à Hixon, il reçut la seule sanction de son service : pour avoir uriné devant le poste de garde de la base, selon le relevé de punitions, devant un caporal de la police militaire. Il eut une réprimande. Chaque unité où il servit ensuite signa le relevé « aucune autre inscription », la dernière étant la 576e escadrille, le 5 juillet 1944, dix jours avant sa mort.
Le 29 juin 1944, une nouvelle carte d’identité de la RCAF, numéro 044868, fut inscrite dans son livret de solde. Seize jours plus tard, c’est la carte que Roland Favier et le maire trouvèrent dans sa veste à Basse Maison, et le numéro que le maire porta au registre des décès d’Essoyes.
Neuf opérations
Bill effectua neuf opérations en cinquante-cinq jours, toutes comme mitrailleur arrière. Les trois premières furent des attaques à haute altitude sur des villes allemandes. Les six dernières, après le Débarquement, eurent lieu au-dessus de la France : un site d’armes V, des objectifs ferroviaires, et la bataille de Caen. Lors de la troisième, au-dessus d’Aix-la-Chapelle, un chasseur de nuit engagea son avion. L’escadrille nota le combat comme sans résultat : l’Allemand rompit l’engagement.
« En quittant l’objectif, votre oncle Bill a signalé deux fois un chasseur de nuit dans notre queue ; à chaque fois j’ai fait un tire-bouchon, et nous avons fini par le semer. »
Fin mai, l’équipage de Newman quitta la 550e escadrille, et en juin Bill rejoignit l’équipage de Raymond Linklater à la 576e escadrille, à Elsham Wolds. L’équipage de Linklater n’effectua aucune opération en juin. Leur première ensemble fut un raid de jour sur un site d’armes V, le 2 juillet.
| N° | Nuit | Objectif | Avion | Remarques |
|---|---|---|---|---|
| 550e escadrille, pilote P/O K. J. Newman | ||||
| 1 | 21/22 mai 1944 | Duisbourg | LL796 « O » | Bombardement à 23 000 pieds. Trois équipages de l’escadrille ne sont pas rentrés. |
| 2 | 22/23 mai 1944 | Dortmund | ME193 « C » | Bombardement à 18 000 pieds. |
| 3 | 24/25 mai 1944 | Aix-la-Chapelle, gare de triage | ME193 « C » | Engagé par un chasseur de nuit. « Sans résultat, l’ennemi rompant l’engagement. » |
| 576e escadrille, pilote P/O R. E. Linklater | ||||
| 4 | 2 juil. 1944 | Domléger, site d’armes V | ND859 « L2 » | De jour, sous escorte de chasse. Bombardement à 14 000 pieds. |
| 5 | 4/5 juil. 1944 | Orléans | NE854 « D2 » | Un équipage de l’escadrille n’est pas rentré. |
| 6 | 5/6 juil. 1944 | Dijon, gare de triage | JA868 « V2 » | Dérouté sur Coningsby au retour. |
| 7 | 7 juil. 1944 | Caen | ND859 « L2 » | « Un message de remerciement a été reçu de la 2e Armée en Normandie. » |
| 8 | 12/13 juil. 1944 | Revigny, gare de triage | ND994 « F2 » | Marquage manqué ; ordre de rentrer avec les bombes. |
| 9 | 14/15 juil. 1944 | Revigny, gare de triage | ND994 « F2 » | N’est pas rentré. |
Le ND859, sur lequel Bill vola deux fois, fut perdu avec un autre équipage de la 576e lors du premier raid sur Revigny, deux nuits avant sa mort. Le ND994 était habituellement piloté par l’équipage du P/O V. Moss. L’équipage de Linklater le prit deux fois.
L’équipage
Cinq Canadiens et deux Anglais. Aucun n’a survécu. Grades et détails tels que les enregistre la Commonwealth War Graves Commission. Photographies issues des collections des familles ; aucune n’a encore été retrouvée de John Pringle.
PiloteF/O Raymond Edwin LinklaterRCAF, J/25837
Rang 3, tombe 3
NavigateurF/Sgt Stanley John KozlowskiRCAF, R/180195
Rang 3, tombe 2- Pas encore de photoMécanicien navigantSgt John Wellington Gordon PringleRAFVR, 2211889, 27 ans
Fils de Russell et Alice Maud Pringle ; époux de Barbara Pringle, de Hightown, Lancashire
Rang 1, tombe collective 6–7GOD BLESS
BombardierF/O Donald McKenzie MackintoshRCAF, J/29691
Rang 1, tombe collective 6–7
Radio-mitrailleurSgt William Walker BeattieRAFVR, 1532959, 20 ans
Fils de William Storey Beattie et Elizabeth Jane Beattie, de Hylton, comté de Durham
Rang 1, tombe collective 6–7THEY DIED THAT OTHERS MIGHT LIVE
Mitrailleur dorsalF/Sgt George Robert SimsRCAF, R/208935
Rang 1, tombe collective 6–7
Mitrailleur arrièreF/Sgt William John McCollumRCAF, R/118907, 21 ans
Fils de John et Elsie McCollum, de Toronto
Rang 3, tombe 4HE DIED THE HELPLESS TO DEFEND A FAITHFUL AIRMAN’S NOBLE END
Le dernier vol
Douze Lancaster de la 576e escadrille décollèrent d’Elsham Wolds pour bombarder la gare de triage de Revigny-sur-Ornain. Le ND994 décolla à 21 h 16. C’était la deuxième tentative sur l’objectif en trois nuits, et elle tourna comme la première.
« On pense que l’avion de marquage a été abattu, et les équipages ont reçu l’ordre de rentrer à la base avec leurs bombes. La flak était très faible, mais les chasseurs étaient actifs et plusieurs avions ont été abattus … Le P/O Linklater et son équipage ne sont pas rentrés de cette opération. »
Sur le chemin du retour, au-dessus de l’Aube, le ND994 fut surpris par un chasseur de nuit allemand : un Messerschmitt Bf 110 du 1./NJG 5 parti de Saint-Dizier, piloté par le chef d’escadrille, l’Oberleutnant Ernst-Georg Drünkler, avec le Leutnant Kulke comme radio et l’Unteroffizier Harry Färber comme mitrailleur. Neuf minutes plus tôt, près de Bar-sur-Aube, le même équipage avait abattu un autre Lancaster d’Elsham Wolds, le ME773 de la 103e escadrille. Drünkler revendiqua le ND994 à 2 h 17, à environ 5 km au nord-est de Celles-sur-Ource, à 1 300 mètres d’altitude : sa dix-septième victoire. La Luftwaffe l’homologua le 17 décembre 1944.
Rolland Jeanvoine, qui n’avait pas tout à fait dix-sept ans, était à la ferme familiale de Valvimbourg. Il entendit les bombardiers rentrer, puis un avion au bruit différent, comme s’il tournait en rond, et un autre qui passait vite et bas. Il y eut une lumière intense dans le ciel et une explosion, puis le silence, puis une seconde explosion au sol. Le Lancaster s’était brisé en deux.
La section principale, avec six membres de l’équipage, tomba aux Mongirvaux, sur la commune de Loches-sur-Ource, et brûla. La queue, avec Bill à l’intérieur, tomba entière à Basse Maison, à environ 2,1 km.
L’itinéraire, les horaires et la revendication du chasseur de nuit peuvent être suivis sur une carte en 3D. Là où les archives s’arrêtent, la reconstitution le signale : tout ce qui suit 2 h 17 est une reconstitution.
Le dernier vol, reconstituéL’itinéraire du ND994, d’Elsham Wolds à Revigny puis vers l’Aube, sur une carte en 3D avec les horaires de l’escadrille et la revendication du chasseur de nuit. En anglais.Itinéraire documentéAprès 2 h 17, reconstituéRevoir le dernier volBasse Maison
Vers quatre heures du matin, alors que le jour se levait, Roland Favier, contremaître d’usine qui rentrait à vélo à Essoyes pour le week-end, aperçut une forme étrange sur le coteau. Il trouva Bill toujours assis à ses mitrailleuses dans la tourelle arrière, et fit les cinq kilomètres jusqu’à Essoyes pour prévenir le maire, Étienne Decesse. Vers six heures, Favier, le maire et le docteur Claude Poisson revinrent. Ils sortirent Bill de la tourelle, l’allongèrent dans l’herbe et trouvèrent sa carte d’identité de la RCAF dans sa veste.
Le docteur Poisson constata une large ecchymose sur la joue, sans doute due au choc contre les culasses des mitrailleuses quand la queue toucha le sol, et probablement des côtes cassées. En 1992, il confia à Raymond Jeanvoine qu’il pensait que Bill avait vécu un court moment après la chute, peut-être une demi-heure. Quand Rolland arriva sur les lieux vers sept heures, Bill était allongé dans l’herbe, veillé par deux hommes de la Résistance.
« Le 15 juillet 1944, vers deux heures trente minutes est décédé territoire d’Essoyes, lieu dit Basse Maison, à la suite d’une chute d’avion en flammes, un militaire porteur d’une carte d’identité de la R.C.A.F … »
Acte dressé à quatorze heures le même jour, sur la déclaration de Roland Favier, contremaître, demeurant à Essoyes.
Registre des décès de la commune d’Essoyes, 1943–1950, acte n° 13, transcrit par Raymond Jeanvoine.Le maire ramena Bill à la mairie d’Essoyes dans son propre camion pour la veillée. Comme la plupart de l’équipage avait trouvé la mort sur la commune de Loches-sur-Ource, les deux maires convinrent qu’il y serait inhumé avec eux.
Loches-sur-Ource
Gabriel Gloux, le menuisier du village de Loches-sur-Ource, fabriqua les cercueils. Le matin du dimanche 16 juillet, le maire d’Essoyes amena Bill d’Essoyes dans son camion, et à trois heures de l’après-midi les sept furent inhumés ensemble. Tout le village était là : les enfants portant des fleurs, les pompiers casqués, le drapeau tricolore en tête du cortège.
Gloux se souvenait d’avoir fait pour Bill un vrai cercueil. Il y fut déposé enveloppé dans la soie de son propre parachute.
Raymond Jeanvoine raconte encore une chose sur ce jour-là. Deux aviateurs allemands de la base de Saint-Dizier vinrent déposer une couronne sur les cercueils, alors qu’ils étaient sur le camion devant l’église. Dans le clocher, des jeunes du maquis local les tenaient en joue. Un officier allemand tué pouvait signifier dix villageois fusillés, et le maire de Loches, M. Gaudet, les en dissuada.
La tombe
Bill repose au cimetière communal de Loches-sur-Ource, rang 3, tombe 4, dans le même rang que Raymond Linklater et Stanley Kozlowski. Les quatre autres reposent ensemble dans une tombe collective au rang 1. Le village a accordé la concession à perpétuité. Raymond Jeanvoine lui rend toujours visite.
À Toronto, la pierre de la famille McCollum, partagée avec ses parents, ses grands-parents, ses frères et ses sœurs, porte aussi son nom, avec trois mots dessous : Interred in France (inhumé en France).
Après
Sa dernière lettre parvint à ses parents peu avant le télégramme d’Ottawa annonçant sa disparition.
« Ne vous inquiétez pas pour moi, il n’y a aucun danger. »
Cinquante-cinq ans plus tard, son premier pilote, Ken Newman, écrivit à la famille qu’il n’était pas surpris que Bill n’ait rien dit du danger : « Chacun de nous aimait à croire qu’il serait parmi les chanceux qui survivraient » (traduit de l’anglais).
En avril 1945, ses parents apprirent qu’il avait été inhumé à Loches-sur-Ource. Le Toronto Star publia sa photo, avec une phrase tirée d’une autre de ses dernières lettres : il n’avait « plus beaucoup d’opérations à faire. Je devrais bientôt rentrer » (traduit de l’anglais).
De France, par l’intermédiaire de la RCAF à Paris, arrivèrent des photographies des obsèques et une petite croix de Lorraine, avec une lettre demandant qu’elle soit remise à sa mère. Son auteur l’avait faite dans la partie de l’avion où Bill avait volé.
« Dites-lui que son fils a été préparé pour l’inhumation par une Française, avec autant d’amour et de tendresse que s’il avait été son propre fils, et que le baiser d’adieu donné à William l’a été en pensant à sa mère. »
Bob tenta de se rendre à Loches après la guerre. Raymond Jeanvoine pense que c’était en 1949, et qu’il ne put aller plus loin que Calais, faute du laissez-passer nécessaire.
Les parents de Bill firent le voyage jusqu’à Loches en 1954. Après leur retour, une autre version s’installa dans la famille : Bill aurait survécu à l’accident, ou aurait été capturé, torturé et exécuté. Bob, qui servait sur un dragueur de mines canadien quand son frère fut porté disparu, porta cette histoire pendant des années. On ne sait toujours pas d’où elle venait.
Quand Bob arriva enfin à Loches, c’est Gabriel Gloux, le menuisier qui avait fait les cercueils, qui lui raconta ce qui s’était réellement passé. Bob devint un ami de la famille Jeanvoine. En 1999, à soixante-treize ans, il logeait chez eux à Loches. Il est mort en 2004.
À Loches, Raymond Jeanvoine, le fils de Rolland, rassemblait l’histoire depuis 1982. En 1992, il en parla longuement avec le docteur Poisson, qui s’en souvenait très bien, et en 1994, pour le cinquantenaire, il organisa au village une exposition sur le ND994.
Au Canada, Michael, le fils de Bob, reprit les recherches. En 1992, il alla à Ottawa consulter les dossiers de la RCAF des cinq Canadiens de l’équipage. Il engagea un chercheur au Public Record Office de Londres, et retrouva Ken Newman et d’autres hommes du premier équipage de Bill, qui lui écrivirent ce qu’ils se rappelaient de lui. Les médailles de Bill furent délivrées en septembre 1994, cinquante ans après sa mort.
En février 2026, Janet Maddocks, nièce de Bill, retrouva Raymond grâce au groupe Facebook de Loches et commença à lui écrire. Ses réponses, les souvenirs de son père et le registre d’Essoyes forment l’ossature de ce récit. En octobre 2026, il situa les deux lieux de l’accident sur une carte pour la famille. Les Jeanvoine ont gardé un vérin hydraulique du ND994 pendant plus de quatre-vingts ans. Il va rejoindre la famille McCollum.
48,0796° N, 4,5451° E
Les lieux aujourd’hui
Lorsque le ND994 s’est brisé en vol, la section arrière est tombée seule, avec Bill toujours dans sa tourelle. Elle s’est posée sur un terrain herbeux et dégagé, au lieu que les anciennes cartes appellent Basse Maison, sur la commune d’Essoyes, à environ 700 mètres au sud du hameau du Grand Mallet, à quelques mètres de l’actuelle déchèterie d’Essoyes. Un petit chemin passait à côté, et y passe toujours.
Le reste du ND994, avec les six autres hommes, est tombé à environ 2,1 km au sud-ouest, aux Mongirvaux, sur la commune de Loches-sur-Ource, à la lisière d’un bois bordant le champ de la vallée. Une bombe y a explosé au sol, laissant un cratère et un monticule, et des débris ont été dispersés à travers le champ jusqu’au ru de Noé. Le cratère et le monticule apparaissent encore dans le relevé laser de l’IGN, sous les arbres. Raymond Jeanvoine, dont le père Rolland a vu les deux sites ce matin-là, les a situés sur une carte pour la famille en octobre 2026.
La section principale du ND994 aux Mongirvaux, à la lisière du bois. Collection familiale ; photographe et date inconnus. Colorisée pour ce site d’après le bois de bouleaux et le sol du lieu, et la peinture noire, verte et brune du Lancaster.
La queue est restée sur place jusqu’en 1946 environ. Le terrain a changé depuis : ce qui était pâture et broussailles est aujourd’hui surtout de la vigne. En août et septembre 1948, l’IGN a photographié toute la vallée depuis les airs. Ces photographies, colorisées et posées sur le relief, montrent Loches-sur-Ource, Essoyes et les hameaux alentour quatre ans après l’accident, avec les deux sites indiqués. On peut survoler la vallée et la comparer avec la carte des années 1950 et le paysage d’aujourd’hui, en français ou en anglais.
Loches et Essoyes, 1948Survolez la vallée telle que l’IGN l’a photographiée quatre ans après l’accident. Passez des photographies de 1948 à la carte des années 1950, au relief laser et au paysage d’aujourd’hui. Les photos de l’épave sont placées là où elles ont été prises.Explorer la vallée en 1948
Sources et remerciements
- Journaux d’opérations (Operations Record Books) des 550e et 576e escadrilles, The National Archives, Kew : AIR 27/2037 et AIR 27/2047.
- Dossier de service de Bill à la RCAF, R/118907, Bibliothèque et Archives Canada : acte d’engagement, commissions médicales, fiches de service, bulletins de tir, relevé de punitions, livret de solde, et la lettre de John E. Madden.
- Registres de la Commonwealth War Graves Commission pour les sept membres de l’équipage.
- Registre des décès de la commune d’Essoyes, 1943–1950, acte n° 13, transcrit par Raymond Jeanvoine, mars 2026.
- Le témoignage de Rolland Jeanvoine, et les recherches de son fils Raymond Jeanvoine depuis 1982, dont ses entretiens avec le docteur Claude Poisson et Gabriel Gloux.
- Presse de Toronto, juillet 1944 et avril 1945.
- Lettres de Ken Newman et des hommes du premier équipage de Bill à Michael McCollum, et les recherches de Michael dans les années 1990.
- Archives et souvenirs de famille, réunis par Janet Maddocks et Michael McCollum.
- Photographies aériennes et orthophotographies : IGN (Institut national de l’information géographique et forestière).
- Colorisation : les photos indiquées comme colorisées ont été mises en couleur à partir des originaux en noir et blanc. Plusieurs ont été refaites pour ce site : un coloriseur automatique guidé par des couleurs relevées sur les deux sites dans les photographies aériennes d’été de l’IGN, et par le schéma de peinture d’un Lancaster de 1944. La couleur est une estimation raisonnée, pas un document. L’original reste toujours visible.
- Theo Boiten, Nachtjagd Combat Archive, 1944, 3e partie, p. 110–111, et le carnet de vol (Leistungsbuch) de l’Uffz. Harry Färber, mitrailleur de Drünkler (collection René Brachten), pour les revendications du chasseur de nuit.
Merci à Raymond Jeanvoine, de Loches-sur-Ource, à Janet Maddocks pour des années de recherches familiales, et à Michael McCollum, qui a commencé ce travail avec son père, Bob, le frère de Bill, bien avant qu’Internet ne puisse aider.